Score (Février 2005)


En incarnant une Elektra incandescente, Jennifer Garner prouve qu'elle peut être cet alliage si rare d'amour et d'hématomes. Également dame de fer à la moralité complexe, elle est devenue, grâce à Alias autant un objet de désir qu'une dangereuse menace. Dans cette schizophrénie où la sagesse et la provocation se percutent, où la violence se fait l'écho de la sexualité, c'était définitivement le moment de lui poser quelques questions.

SCORE Le monde entier bruisse de votre blessure sur ALIAS. On était très inquiets. Ça va mieux ?

JENNIFER Beaucoup mieux merci ( rires ). J'ai quelques nerfs qui ont lâché. Les tournages sucessifs d'Elektra et de la quatrième saison de la série m'ont été fatals. Ce sont les risques du métier.

SCORE ALIAS, ELEKTRA, Même 30 ANS SINON RIEN met votre corps à contribution pour des scènes de slapstick. Es-ce que vous choisissez vos rôle en fonction de leur physicalité ?

JENNIFER Pas vraiment. Ils me tombent pour ainsi dire dessus. J'ai longtemps cru que mon métier d'actrice consisterait à jouer du Shakespeare sur une scène communale dans l'Ohio. Je me suis gourée (rires). Je n'avais pas prévu une walkyrie du cinéma, une fille d'action, mais je m'en réjouis. Je m'éclate vraiment à régler les combats avec les cascadeurs, à les exécuter, à décoller à 15 mètres du sol tirée par un cable... Mon corps, lui, s'éclate moins.

SCORE Comment choisissez-vous les films que vous tournez entre deux saison d'ALIAS ? Vers quoi va votre préférence ?

JENNIFER Je pourrais dire "un bon scènario" mais vous ne me croiriez pas. Et vous auriez raison ! (rires). A Hollywood, les projets dépendent directement de vôtre côte au box-office. Il y a la A-LIST, la B-LIST etc... En ce moment, je boxe dans une certaine catégorie et s'il me prenait l'envie de tournée un film indépendant fauché, je devrais problablement y réfléchir à deux fois. Vous n'imaginez pas l'encadrement logistique que nécessitela carrière d'un acteur à Hollywood : c'est une écurie de Formule 1 ! Mais bon, jusqu'ici, j'ai de la chance : tout ce que je fais en dehors d'ALIAS m'a comblé, aussi bien sur le plan de l'expérience que de la satisfaction personnelle.

SCORE La presse tabloïde se régale de vos aventures conjugales.

JENNIFER De toutes façons, j'ai appris que pour faire ce métier, il faut en accepter tous les revers, même les plus déplaisants. Certains acteurs détestent faire la promotion de leurs films. Pas moi : je prends beaucoup de plaisir à parler avec vous en ce moment. Mais voir tous les jours ma tête épinglée à côté de celle de Ben Affleck dans les journaux... Alors, on s'efforce de ne pas trop y prêter attention. Qu'ils me suivent en train de faire mon jogging si ça les amuse ! Non, franchement, ça intésse qui ?

SCORE Tout le monde, vous n'avez pas idée. Parlons d'ELEKTRA. Le film s'est monté rapidement. Il était annoncé dès la sortie de DAREDEVIL et, trois ans après, il est sur les écrans. Tournage facile ?

JENNIFER En fait, j'étais plutôt surprise lorsque le film est entré en production parce qu'on ne m'en parlait plus depuis un moment. Six semaines avant le début du tournage, je reçoit un coup de fil d'Avi Arad, le producteur : "C'est parti !". Je n'ai pas hésité une seconde, j'adore tellement ce personnage. Concernant le tournage, tout s'est passé très vite, on ne s'éternisait pas sur les plans. Rob Bowman, le réalisateur, est très rapide, très efficace. C'est une méthode de travail qu'il a mis au point sur X-FILES pendant neuf ans. On préparait, on tournait, on passait à la scène suivante. Hop, hop, hop !

SCORE Quelles différences faites-vous entre l'Elektra de Daredevil et celle-ci ?

JENNIFER Elles sont très différentes l'une de l'autre, simplement parce que sa vie, entre-temps, a tourné en eau de boudin. Déjà, elle est morte - et ça laisse des traces . Dans DAREDEVIL, elle était plus vulnérable, disposée à s'attendrir et à tomber amoureuse. Même si elle n'était pas à proprement parler "quelqu'un de bien", elle pouvait espérer vivre une vie normal. Notre Elektra est pourrie jusqu'à l'os. Devenue un "assassin à louer", elle ne fait plus vraiment partie de la race humaine : elle est complètement coupée du monde extérieur.

SCORE La romance qui s'amorce dans le film entre vous et Goran Visjnic s'auto-détruit rapidement...

JENNIFER Oui, ce n'est pas une histoire d'amour. On est pas là pour ça : le coeur émotionnel du film réside dans la relation entre Elektra et Abby, la jeune fille qu'elle a été engagée pour tuer et qu'elle finit par protéger au péril de sa vie. Il se crée entre elles un rapport d'identification : Elektra voit en Abby la petite fille désoeuvrée qu'elle était. Son instinct maternel est en éveil. On touche au plus profond de l'intimité féminine, c,est aussi ce qui m,a plu dans le script.

SCORE Que constitue d'après vous votre public de base ? Le film identifie clairement les jeunes filles de 13 ans...

JENNIFER C'est une bonne question, à laquelle je n'ai jamais su répondre. Les mecs aiment le film parce qu'il y a de l'action et qu'ils ont de quoi se rincer l'oeuil ( rires ). Les ados aussi, pour le facteur cool et les effets spéciaux. Étrangement, les femmes ont été les plus supportrices. Je pense que c'est lié à la mise en scène de Rob Bowman, très sensuelle, caressante, qui met constamment en valeur les textures des décors et des costumes. Je dirais qu'ELEKTRA est le premier film d'action fait pour les femmes ! ( rires )

SCORE Parlons maintenant de la dimension sexuelle du personnage. Et d'abord le costume, particulièrement moulé au niveau des fesses : Vous n'avez pas un peu hésité là ?

JENNIFER Ecoutez, dans la BD, Elektra n'est pas seulement une tueuse à louer, mais c,est aussi un corps à louer. Une pute, si vous voulez. C,est une autre manière pour elle de se séparer d'elle-même, d'exister "en dehors", sans aucune attache émotionnelle. elle abandonne son corps à d'autres et parfois consomme les hommes à la manière d'une mante religieuse. On ne pouvait évidemment pas aller jusque là. Le public américain ne s'en serait pas remis. Le costume est évidemment "designé" pour être le plus sexy possible. Moi, je voulait surtout qu'il soit fonctionnel, coupé au bon endroit, pas trop difficile à enfiler ( là-dessus, pas de problèmes, il était très "léger"). Au début, on est un peu hésitant à se déshabiller devant toute l'équipe, et puis on y pense plus.

SCORE Cette fois, le costume est le bon. les fans n'avaient pas été tendres avec le premier costume d'Elektra dans DAREDEVIL...

JENNIFER Oui, on a retenu la leçon. J'ai personnellement insisté auprès de la production : je ne voulais pas que les fans de Frank Miller me sautent dessus en hurlant.

SCORE Vous embrassez une femme à pleine bouche dans ce film, la vénéneuse Typhoid Mary. C'était bien ?

JENNIFER C'était la première fois de ma vie que j'embrassais une fille. C'est dire à quel point je suis ennuyeuse. au moment de le faire, je n'y ai même pas pensé. Ce n'était pas gênant : c'était juste une scène à jouer. Rien de particulier. Mais j'adore le personnage de Typhoid Mary, sa façon un peu spectrale de marcher et de laisser des cadavres d'hommes empoisonnés derrière elle. Ça m'excite ! ( rires )

SCORE Comment expliques-vous l'échec du film au États-Unis ?

JENNIFER Il est certain qu'on avait pas anticipé le carton de COACH CARTER avec Samuel Jackson, sorti la même semaine. Maintenant, le mois de Janvier est réputé faible en termes de recettes en salles, et il est possible qu'il y ait eu confusion entre la pub pour la quatrième saison d'ALIAS apparue au même moment, et celle d'ELEKTRA... IL y a toujours un millions de raisons pour expliquer l'échec d'un film. Ou son succès.

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